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Au milieu de la « route des Balkans », la Macédoine ferme partiellement sa frontière

Publié le par 2012

 
Des migrants attendent de pouvoir passer la frontière entre la Macédoine et la Grèce, près de la ville de Gevgelija, le 20 août 2015.
Située au milieu de la « route des Balkans » qui mène les migrants d’Athènes en Allemagne, en passant par la Serbie et la Hongrie, la Macédoine, qui fait face depuis plusieurs mois à des arrivées incessantes sur la route de l’Europe, a annoncé, jeudi 20 août, l’état d’urgence dans ses régions frontalières dans le sud et dans le nord du pays.

Le gouvernement macédonien a décidé de déployer l’armée pour officiellement « améliorer la sécurité des citoyens dans ces deux régions et permettre une meilleure approche des gens qui souhaitent demander l’asile », explique le communiqué officiel.

Des soldats ont tiré au gaz lacrymogène, vendredi 21 août dans la matinée, sur une foule de plusieurs milliers de personnes qui avaient passé la nuit dans un « no mans’s land » entre la Grèce et la Macédoine. Ces derniers mois, plusieurs centaines de migrants – surtout issus de Syrie, d’Afghanistan ou du Pakistan – franchissaient chaque jour la frontière avec la Grèce, avant de prendre le train de la petite ville de Gevgelija, dans le Sud, pour se rendre en Serbie, au nord.

« Il n’y a plus de migrants depuis jeudi matin à Gevgelija »

Jeudi matin, tous les migrants qui avaient tenté de passer la frontière aux points de passage habituels en avaient été empêchés par la police militarisée. « Il n’y a plus de migrants depuis jeudi matin à Gevgelija et entre 1 500 et 2 000 sont retenus côté grec, assure Anthonis Rijas, coordinateur local de Médecins sans frontières (MSF). La situation est très difficile car il pleut. Nous avons distribué des ponchos mais nous n’en avons pas assez pour tout le monde. »

Jusqu’ici, les policiers macédoniens avaient l’habitude de fermer les yeux sur le franchissement illégal de la frontière par les migrants. Ceux-ci recevaient un récépissé leur donnant soixante-douze heures pour déposer une demande d’asile, délai dont la plupart profitaient pour continuer leur périple vers le nord. Des bus et des trains spéciaux avaient d’ailleurs été mis en place pour transférer plus vite les migrants ; le pays se traverse en quelques heures.

Des migrants en provenance de la Grèce, près de la ville de Gevgelija.

Mais, face à l’ampleur des arrivées, la situation s’était tendue ces derniers jours à Gevgelija. Les trains n’étaient plus en nombre suffisant, ce qui a conduit à des affrontements entre migrants et policiers pour monter à bord. Mercredi, le gouvernement macédonien avait appelé à l’aide ses voisins, leur demandant l’envoi de « wagons » supplémentaires. L’arrivée annoncée jeudi d’un navire transportant 2 700 migrants syriens depuis les îles grecques vers Thessalonique, à 80 kilomètres de la frontière avec la Macédoine, semble avoir conduit Skopje à prendre cette décision.

« Malheureusement, la Grèce, non seulement ne garde pas sa frontière, mais nous constatons nombre de cas de transferts organisés de migrants illégaux jusqu’à notre frontière », a expliqué à l’AFP le porte-parole du ministère macédonien de l’intérieur, Ivo Kotevski. Le gouvernement grec avait en effet affrété des bus pour conduire directement les migrants de Thessalonique à la frontière. Mais ce navire, parti de l’île de Kos mercredi matin, a finalement été détourné sans explication officielle vers Athènes, à la grande déception des migrants, qui avaient dû payer cent euros pour être transportés jusqu’à la frontière.

Voir le reportage interactif : La Macédoine, nouveau purgatoire des migrants sur la route de l’Europe

« La frontière n’est pas fermée, mais elle n’a jamais été ouverte non plus »

A la gare de Gevgelija, en Macédoine, des migrants attendent le départ du train pour la Serbie.

Malgré l’état d’urgence, la frontière avec la Grèce ne devrait toutefois pas être totalement fermée. « La frontière n’est pas fermée, mais elle n’a jamais été ouverte non plus », a ainsi théorisé M. Kotevski. « Le gouvernement nous a expliqué qu’il laisserait seulement passer le nombre de migrants que le pays peut accueillir dans de bonnes conditions, soit une centaine par jour », assure Mersiha Smailovic, qui travaille pour Legis, une ONG d’aide aux migrants.

Mais les associations s’inquiètent que le renforcement de ces contrôles pousse les migrants à opter pour des voies plus périlleuses. « Je suis sûre que les passeurs vont venir se réinstaller et vont trouver d’autres chemins », estime Mme Smailovic. Une situation qui prévalait jusqu’au printemps, avant que la Macédoine ne décide d’organiser un minimum les flux de migrants en raison des pratiques mafieuses observées sur le terrain. Plusieurs migrants avaient alors témoigné du racket et des violences qu’ils avaient dû subir de la part des trafiquants.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/08/21/crise-des-migrants-la-macedoine-ferme-partiellement-sa-frontiere_4732206_3214.html