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La Suisse devrait fermer ses frontières. Et mobiliser l’armée pour venir en appui aux gardes-frontière. C’est ce que réclame l’UDC depuis les attentats de vendredi en France.

Publié le par 2012

 

La Suisse devrait fermer ses frontières. Et mobiliser l’armée pour venir en appui aux gardes-frontière. C’est ce que réclame l’UDC depuis les attentats de vendredi. Ces deux questions ont été évoquées par Ueli Maurer (UDC) dans plusieurs entretiens à la presse dominicale. Le ministre UDC de la Défense ne parle pas de contrôles systématiques mais de «la nécessité d’intensifier les contrôles. Cette disposition était taboue jusqu’à présent mais elle sera nécessaire», juge-t-il. Le conseiller fédéral rappelle aussi que «l’armée se tient prête à appuyer les gardes-frontière, car la situation peut évoluer très vite».

Ces deux mesures n’ont pas été retenues par le Conseil fédéral pour l’heure. Le «conseil de sécurité» réuni par la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, samedi, a décidé de renforcer la présence aux frontières, ainsi que la présence policière autour des bâtiments diplomatiques français et dans les grandes gares. Les gardes-frontière, en alerte «vigilance renforcée», ont multiplié les patrouilles tout le week-end. Quant aux polices cantonales, elles ont également multiplié les contrôles et renforcé leur présence dans les gares. Même si aucune menace concrète visant des intérêts en Suisse n’a été identifiée à ce jour, «le risque d’actes isolés de la part d’un individu perturbé agissant par mimétisme ne peut être complètement écarté», admet l’état-major de Vigipol, relayé par plusieurs polices cantonales.

Des mesures insuffisantes, aux yeux de l’UDC. Le parti, qui se réunissait samedi à Berne, a fait une déclaration officielle où il associe dans la même phrase les attentats et la crise migratoire qui secoue l’Europe: il exprime sa «profonde inquiétude devant les épouvantables actes terroristes commis à Paris et aussi devant les flux de migration incontrôlés en Europe. Il est évident que les frontières nationales doivent être immédiatement contrôlées avec l’aide de l’armée.» Oskar Freysinger ajoute: «Le temps presse, nous devons stopper le flux migratoire qui se déverse sur la Suisse, lance le conseiller d’Etat valaisan. Il n’y a pas eu d’attentat sur notre territoire mais il suffirait d’un cinglé pour que cela arrive.»

Amalgame dénoncé

A gauche, certains dénoncent vivement cet amalgame: «Le plus urgent c’est de garder la tête froide et d’éviter la cacophonie, estime le sénateur genevois Robert Cramer (Les Verts). Je trouve misérable que l’UDC utilise le drame de Paris pour recycler ses obsessions.» L’envoi de l’armée ne serait, en soi, pas exclu pour le socialiste Pierre-Alain Fridez: «A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, considère le Jurassien, membre de la commission de sécurité du Conseil national. S’il s’avère qu’effectivement des terroristes utilisent la filière de l’asile pour entrer en Europe et si nos gardes-frontière ont vraiment besoin d’appui, alors pourquoi pas. Mais cet appui devrait être subsidiaire et le plus important sera de continuer de respecter les droits et la dignité de ces migrants.»

La mobilisation de l’armée et le bouclage des frontières ne sont «absolument pas un tabou» pour Christian Lüscher, vice-président du PLR. «Simplement, ce n’est pas d’actualité, réagit le Genevois. Les autorités fédérales font une estimation sérieuse de la situation en temps réel et il y a des moyens de défense et de prévention qui seraient bien plus urgents que les recettes de l’UDC. Il faut d’abord appliquer la nouvelle loi sur le renseignement et autoriser les écoutes. J’ai aussi fait une proposition au parlement pour nous donner la possibilité de poursuivre d’office les individus qui auraient commis des actes terroristes à l’étranger.»

Requérants identifiés

Le bouclage des frontières et l’envoi de l’armée n’ont pas été envisagés par les organes de sécurité de la Confédération. «C’est une décision qui relèverait de l’échelon politique», souligne Cathy Maret, porte-parole de FedPol. L’éventualité que des terroristes entrent en Suisse parmi les requérants d’asile n’est en revanche pas nouvelle: «Tous les demandeurs d’asile transférés aux cantons sont enregistrés et identifiés», assure à ce propos Mario Gattiker, secrétaire d’Etat aux migrations. Chaque requérant est enregistré avec sa photo et ses empreintes digitales. Ceux qui viennent de zones de conflits comme la Syrie sont systématiquement auditionnés.

«Les dossiers délicats sont transmis au Service de renseignement de la Confédération (SRC) pour analyse», ajoute Mario Gattiker. Mais tout risque ne peut jamais être écarté: «On ne peut pas faire la lumière sur l’entier du passé des demandeurs d’asile.»

Ce doute donne de l’eau au moulin de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), qui rappelle que son initiative populaire pour le rétablissement des contrôles systématiques aux frontières, lancée il y a quelques semaines, tombe à pic. «Nous avons identifié ce problème», ajoute Oskar Freysinger, qui se dit «estomaqué par le manque d’anticipation des autorités fédérales».

Quant à l’engagement subsidiaire de l’armée, il serait légalement possible. Ueli Maurer le rappelait, au début du mois d’octobre, en conviant les médias dans un centre de protection civile à Worb (BE): l’armée pourrait fournir du personnel sanitaire, des moyens en transport et de logistique, de même qu’un soutien pour la surveillance des frontières. Sur ce dernier point, le ministre de la Défense prenait soin de préciser que «l’armée ne pourrait pas se substituer au personnel formé pour la défense des frontières». Le conseiller fédéral estimait aussi qu’un effectif maximal de 4000 hommes serait envisageable, en raison des coupes dans le budget de l’armée.

carte jeu illuimnati 1995,nouvel ordre mondial

 

http://www.24heures.ch/suisse/armee-suisse-frontieres-debat-deja-lance/story/21805676