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île de Brava (Cap Vert):Après plusieurs événements sismiques de faible magnitude, le volcan Cap Verdien Brava est en passe d'entrer en éruption,le gouvernement lance une alerte éruption volcanique et fait évacuées 300 personnes

Publié le par 2012

La situation, dans le détail, n'est pas encore très claire mais une crise sismique a débuté dans la nuit de lundi à mardi sous l'île de Brava, située juste à l'ouest du Fogo au Cap Vert. Ces dernières plusieurs crises sismiques ont été décrites sous cette île mais celle qui est en cours semble particulièrement importante, ce qui conduit le gouvernement à prendre au sérieux l'hypothèse qu'une éruption puisse débuter sur l'île.

 

En conséquence les autorités ont décidé d'évacuer, par prévention, les habitants des deux villages situés à l'aplomb des épicentres des secousses, Cova Joana et Benfica, ce qui représente environ 300 personnes. Par ailleurs le Premier ministre a pris la décision de créer un cabinet de crise composé des ministres de la Défense, des Finances, de la Santé, de l'Agriculture et de l'Environnement afin de suivre et de gérer cette crise. Il ne s'agit pas d'une mince affaire en l'occurence car l'île n'a connu aucune éruption historique (c'est essentiellement la morphologie assez fraiche des édifices volcaniques situés dans le centre de l'île qui indiquent qu'ils ont un âge récent, probablement Holocène (moins de 10 000 ans)) et les habitants ne sont pas formés à réagir en cas d'éruption. Par ailleurs, pour corser la situation, l'île est la plus petite du Cap Vert avec une surface d'environ 65 km² et un petit port, à Furnas au sud-est, et un aérodrome au nord, vers Fajã de Agua. En cas d’éruption importante, il sera peut-être nécessaire d’évacuer plusieurs milliers de personnes (environ 6000 au total) et, en cas d'émissions importantes de cendres, l'aérodrome ne sera peut-être pas exploitable: la gestion de cette crise nécessite donc une attention particulière afin de pouvoir anticiper d'éventuel problèmes graves, même si il n'existe aucune certitude sur la suite des événements.

 

Justement, afin de donner un coup de main à leurs collègues Cap Verdiens dans l'analyse de cette crise sismo-volcanique, l'INVOLCAN (Institut Volcanologique des Canaries) a envoyé deux volcanologue. L'un des objectifs sera d'évaluer l'émission de CO2 diffus, afin de savoir si, oui ou non, il y a une intrusion magmatique en cours. Le Co2 est en effet le gaz le moins soluble dans les magmas et, lorsqu'une remontée magmatique est en cours, il est le premier à s'en échapper.Une hausse des émissions de CO2 à travers le sol est alors constatée, avant qu'une éruption ne débute. Ce type d'analyse avait déjà été effectuée sur différentes îles du Cap Vert, dont Brava, ce qui permettra de faire des comparaisons.

 

Quoi qu'il en soit toutes les études menées ces dernières années sur le Cap Vert indiquent que la sismicité de Brava est vraisemblablement liée à des intrusions magmatiques: la possibilité que l'une d'entre elle parvienne à la surface pour faire éruption n'est donc pas du tout à exclure. La possibilité d'un risque volcanique est décrite sur cette île depuis le milieu des années 80.

 

A quoi peut-on s'attendre en cas d'éruption?

 

Pour avoir une idée de ce qu'il peut se produire si une activité éruptive démarre, il n'y a pas vraiment d'autres solution que d'aller jeter un oeil sur les témoignages et indices qu'ont laissé les éruptions passées.

Premier constat: toute l'activité récente sur cette île s'est déroulée sur ce que l'on appelle le Plateau Central, zone la plus occupée de l'île car 82% des habitants y résident.

Second constat: la majeure partie des édifices récents sont de deux types:

- des dômes de phonolite, roche très visqueuse qui a tendance à s'accumuler sur place: on parle d'activité extrusive. Souvent la formation de dôme s'accompagne d'une activité explosive puissante et d'écoulements pyroclastiques, même si ce n'est pas systématique (il existe des cas d'extrusion avec peu ou pas d'explosions)

- des maars, produit par des explosions violentes dues à l'interaction entre les magmas en cours d’ascension et les aquifères.

- des dépôts décrits comme résultats d’éruption pliniennes, peut-être en lien avec l'extrusion des dômes, semblent avoir aussi été décrits.

- il semble enfin que quelques cônes de scories ont été décrits: ils sont alors liés à l’éruption de magmas plus fluides, mais je n'ai pas trouvé d'autres détails les concernant.

On peut donc raisonnable supposer que si une éruption démarre elle produire soit l'une soit l'autre de ces morphologies volcaniques...ou les deux!

En effet on peut aussi supposer qu'un magma en cours de remontée rencontre d'abords un aquifère, ce qui ouvre un maar mais qu'au cours de l'éruption cet aquifère s'épuise, permettant alors au magma de sortir librement, ce qui formerait un dôme dans le maar (si le magma est visqueux).

 

En résumé: toutes les études menées récemment concluent que la sismicité des dernière années est due à une ou plusieurs intrusions magmatiques. La crise en cours semble être décrite comme ayant une origine similaire, mais plus intense ce qui fait craindre qu'une éruption ne démarre. Pour le moment des études complémentaires (CO2 et analyse plus fine de la sismicité) doivent être menées pour bien comprendre ce qui se déroule sous le sol, et permettre aux autorités de prendre des décisions adaptées et faire preuve d'assez d'anticipation. Mais dores et déjà les habitants des zones situées à l'aplomb des épicentres de la crise ont été évacués à titre préventif, et installés à Nova Sintra

 

Sources: INVOLCAN; Republique du Cap Vert; Mundo ao Minuto

https://laculturevolcan.blogspot.fr/2016/08/crise-sismique-et-evacuations-sur-lile.html

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