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Burkini : une chaîne australienne est accusée d'avoir bidonné un reportage français où des baigneurs chassent une famille musulmane de la plage de Villeneuve-Loubet.

Publié le par 2012

 

C'est un reportage censé être accablant pour les Français : on y voit un homme accompagné de deux femmes en burkini se faire expulser d'une plage de Villeneuve-Loubet par des baigneurs sans complexe. Une femme, lunettes noires et chapeau de paille, adresse un signe éloquent à la caméra, pointant son pouce vers le sol, une moue de dégoût sur le visage. Un homme en gros plan lâche sèchement : « Vous faites demi-tour et vous partez. »

Le reportage a été diffusé le 18 septembre sur la chaîne de télévision australienne Channel 7, une chaîne privée à l'audience très large. À l'origine de ce reportage, Zeynab Alshelh une étudiante australienne de 23 ans, qui a voulu montrer « sa solidarité avec les musulmanes françaises », selon le compte rendu qu'en a fait l'AFP le 20 septembre. Objectif atteint : le reportage dresse incontestablement un portrait peu flatteur des Français : intolérants et racistes, de véritables réincarnations de Dupont-Lajoie.

Contre-enquête

Seulement voilà, selon une contre-enquête parue dès le 20 septembre dans Nice-Matin, il s'agit d'un pur et simple bidonnage. Le journal a retrouvé deux témoins présents le jour du tournage. Une mère de famille d'abord qui relate que les caméras étaient là avant l'arrivée des deux femmes en burkini. Et qui se trouve être la nièce de l'homme qui prononce « l'arrêté d'expulsion » de la famille musulmane. « Il n'a jamais demandé à ce que ces trois personnes quittent la plage. Il s'adressait à la caméra pour demander au cameraman de partir. Il y avait des enfants sur la plage, dont les nôtres, et on ne voulait pas qu'ils soient filmés. »

Dans le reportage, Zeynab Alshelh explique qu'elle et ses compagnons ont dû quitter la plage, car des gens les ont menacés d'appeler la police. De fait, après ces paroles peu amènes, on aperçoit ce même homme téléphoner : « Oui, il appelait la police. Pas pour les faire intervenir pour chasser ces personnes, mais pour demander comment on pouvait faire pour empêcher la caméra de nous filmer, surtout nos enfants », insiste le témoin interrogé par Nice-Matin.

Des caméras cachées ?

Le quotidien niçois a également interrogé un certain « Stéphane » qui était sur la plage ce jour-là : « J'ai vu ce monsieur au téléphone. Mais j'étais trop loin pour entendre ce qu'il disait », dit-il. Reste que pour lui, le comportement des trois personnes comme des caméras « pue le coup monté » : « L'homme et les deux femmes sont arrivés presque en courant pour s'installer. En dix secondes, ils avaient déplié leurs serviettes et planté leur parasol. Ils se sont mis en plein milieu du couloir à jet-ski de la plage privée. Comme ils gênaient, le propriétaire de la plage est sorti leur demander de se pousser. » Les caméras, selon lui, étaient « planquées ». Puis les trois personnes ont déambulé sur la plage, suivi discrètement par les caméras : « On aurait dit qu'ils attendaient des réactions. »

En Australie aussi, le reportage a fait grand bruit. Samedi 24 septembre, le quotidien libéral The Australian a condamné les pratiques de Channel 7 et dénoncé « une tentative évidente de la part de la militante pro-hidjab Zeynab Alshelh et de ses parents activistes d'attirer les amoureux du soleil gaulois dans le piège de la haine religieuse et ethnique. » Quant à Channel 7, elle a « vigoureusement démenti ». « Notre caméra était au bord de la plage visible par tous. Nous n'avons à aucun moment utilisé de caméra cachée », explique le producteur de l'émission.

Le maire (LR) de Villeneuve-Loubet avait réagi au reportage auprès de l'AFP. Lionnel Luca n'était pas étonné ou choqué que ses concitoyens s'en prennent à des musulmans, mais jugeait l'attitude de la jeune femme « provocatrice » : « Je suis sincèrement désolé pour cette jeune Australienne […] Mais elle ne peut pas venir en toute innocence sur nos plages comme ça avec un habit religieux qui est le signe de l'intégrisme qui nous a meurtris. » Si les témoins de Nice-Matin disent vrai, il semble que « les Gaulois amoureux de soleil » soient moins meurtris que ne le pense leur édile. Ils souhaitent simplement pouvoir se baigner tranquilles.

http://www.lepoint.fr/societe/burkini-un-reportage-australien-fait-polemique-26-09-2016-2071401_23.php

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