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La prochaine crise financière pourrait être causée par le climat

Publié le par 2012

Une transition énergétique précipitée par le réchauffement climatique « coûtera très cher », ont prévenu les investisseurs lors de la conférence de Bratislava. Elle présente cependant un grand potentiel pour les investisseurs.

« Le changement climatique pose-t-il un risque systémique ? Je pense que la réponse est oui », a déclaré Annie Bersagel, responsable conseil investissement chez KLP, un fonds de pension norvégien qui est aussi la compagnie d’assurance vie la plus importante du pays, lors de la conférence sur la transition vers une économie verte à Bratislava. « J’ajouterais cependant que nous ne savons pas encore quels seront ces risques. »

KLP a choisi une approche prudente en cessant totalement d’investir dans le charbon et en lançant un fonds d’investissement pour l’installation de structures d’énergie renouvelable dans les pays en développement, a-t-elle expliqué.

« Je ne pense pas que [la transition vers une économie verte] soit un choix », a renchéri Frido Kraanen, directeur de la responsabilité des entreprises chez PGGM, fournisseur de services dans les secteurs de l’administration de pension, du conseil exécutif et de la gestion de biens aux Pays-Bas. « Il y aura une transition. Si celle-ci est incontrôlée, elle sera très, très chère. »

Désinvestissement des énergies fossiles

Les catastrophes climatiques, comme les inondations, les tempêtes ou la montée du niveau des océans, peuvent avoir un impact énorme sur la propriété et les infrastructures, en détruisant les biens et en faisant grimper les taux d’assurance d’un jour à l’autre.

 

Rintaro Tamaki, vice-secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a pour sa part averti qu’il n’y aurait pas de deuxième chance. « Contrairement à la crise financière, il n’existe pas ici de renflouement climatique possible. »

La situation évolue, et les gestionnaires de fonds se tournent de plus en plus vers des entreprises qui offrent des retours sûrs sur le long terme, a-t-il cependant indiqué.

« La décarbonisation des portefeuilles et le désinvestissement des combustibles fossiles sont en marche. 544 institutions, d’une valeur combinée de 3,4 millions de trillions de dollars américains se sont engagées » à désinvestir leur argent des énergies fossiles, complètement ou en partie, a-t-il souligné.

Information des investisseurs

Les investisseurs ne disposent toutefois toujours pas d’informations fiables pour décider quelles entreprises leur garantiront le meilleur retour sur investissement à long terme. Il n’existe en effet à l’heure actuelle aucune obligation pour les corporations de fournir des informations sur leurs stratégies vertes ou sur leur degré d’exposition au risque climatique.

15 pays membres de l’OCDE ont déjà adopté « certaines [obligations] d’informations financières liées au climat » pour les sociétés, a néanmoins souligné Rintaro Tamaki, qui espère que cette pratique se généralisera rapidement. Ces initiatives sont cependant très différentes d’un État à l’autre, ce qui entraine une multiplication des obligations, des incohérences et l’impossibilité de comparer, regrette-t-il.

Cette situation pourrait toutefois changer d’ici la fin de l’année. Un groupe de travail sur les déclarations financières liées au climat, présidé par Michael Bloomberg, a été mis en place par le G20 en décembre 2015 pour promouvoir les déclarations volontaires, qui feraient partie des messages des entreprises à leurs créanciers, assureurs, investisseurs et autres partenaires.

Ce groupe de travail doit rendre son rapport final en décembre, et le rendre public en février prochain. Le rapport devrait encourager les décideurs politiques à renforcer la tendance actuelle d’obligation d’information.

 

Des gagnants et des perdants

À mesure que les entreprises se tournent progressivement vers la communication de leur exposition au risque climatique, les industries les plus polluantes devraient être soumises à des pressions dans ce sens.

Certaines d’entre elles y sont déjà confrontées. Juste après la signature de l’accord de Paris par les dirigeants du monde entier en décembre 2015, le lobby de l’industrie du charbon a exprimé sa crainte de voir le secteur « haï, trainé dans la boue, comme l’ont été les marchands d’esclaves avant eux ».

Une opinion partagée par Frido Kraanen, qui estime que les investisseurs perçoivent déjà ces signaux. « Investir est très facile, il suffit d’éviter les perdants et de choisir les gagnants. Et si certaines entreprises ont des dates d’expiration, nous n’investirons pas là », a-t-il résumé.

 

Pour d’autres secteurs, la situation n’est cependant pas aussi simple. C’est par exemple le cas de l’industrie sidérurgique. Si le marché du carbone est largement accepté comme le meilleur instrument pour orienter la production vers des processus moins polluants, les producteurs d’acier se sentent injustement pénalisés par des prix du CO2 qui se concentrent uniquement sur les désavantages du processus de production, sans tenir compte des bénéfices ultérieurs de l’utilisation de l’acier.

« Oui, produire de l’aluminium nécessite beaucoup d’énergie », a admis Arvid Moss, vice-président exécutif de Norsk Hydro, une entreprise sidérurgique et d’énergie renouvelable norvégienne. « Mais après ce processus initial, l’impact du cycle de vie de l’aluminium est purement positif en ce qui concerne le climat », a-t-il expliqué, citant des voitures plus légères qui utilisent donc moins de carburant et des bâtiments à l’efficacité énergétique améliorée. « Et le métal se recycle indéfiniment, sans perdre ses propriétés », a-t-il insisté, ajoutant que le recyclage nécessitait vingt fois moins d’énergie que la production.

Les régulateurs sont cependant peu affectés par ce message et semblent accepter le fait que la transition à une économie verte coûtera cher aux plus gros pollueurs. Les programmes de tarification des émissions de carbone pourraient « éliminer certaines industries » et représenter « un coût pour les consommateurs », admet Rintaro Tamaki, de l’OCDE. Cette solution est cependant « la meilleure manière de définir la structure de l’industrie à l’avenir », a-t-il assuré.

Se concentrer sur l’intensité de carbone, une approche peu judicieuse

De leur côté, les investisseurs ne sont pas convaincus par une approche uniquement constituée de la mesure de l’intensité carbone. « Se concentrer exclusivement sur l’intensité de carbone comme mesure d’instauration [d’une économie verte] est, à mon avis, peu judicieux », a estimé Annie Bersagel, du fonds de pension KLP. « C’est un indicateur, mais les données disponibles sur les émissions de carbone ne sont pas encore d’une qualité suffisante pour prendre des décisions fiables. »

Sans précisément citer le secteur sidérurgique, la spécialiste a donné l’exemple des industries qui émettent de grands volumes de dioxyde de carbone dans leur processus de production, mais dont les produits permettent des réductions d’émissions plus tard dans son cycle de vie et dans l’économie. « Nous estimons donc que n’utiliser que cet indicateur pour orienter l’investissement est peu prudent », a-t-elle conclut.

Quant à Frido Kraanen, il a soutenu que les législateurs pourraient contribuer à la redéfinition du « business as usual » en détournant les sociétés des investissements dans le fossile, qui est souvent l’option pardéfaut. « Les législateurs subventionnent toujours l’économie linéaire », a-t-il regretté, mentionnant des programmes qui découragent l’emploi à l’avantage des matières premières.

« L’économie circulaire favorise l’emploi », et pourtant, jeter est encore plus cher que recycler, a-t-il insisté, appelant à une modification des taxes, afin qu’elles ciblent l’utilisation de matière plutôt que de ressources humaines.

 

Les législateurs ne sont en outre pas aidés par la fluctuation des prix des produits de base et les prix bas du pétrole n’encouragent pas les producteurs à recycler. « À certains moments, le plastique vierge est moins cher que les billes recyclées, par exemple », admet Karmenu Vella, commissaire européen à l’environnement. Il estime cependant que les prix finiront par remonter.

Arvid Moss, de Norsk Hydro, reconnait les qualités inhérentes du recyclage. Il a souligné que l’économie circulaire n’avait jamais fait l’objet d’autant d’investissement, puisqu’entre 70 et 90 % de l’aluminium en Europe est actuellement recyclé. Il se plaint toutefois des taxes comme le système d’échange de quotas d’émission, qui menacent l’industrie.

« Le dilemme est là : d’un côté, les politiques veulent développer l’industrie grâce à la recherche et au développement, à des mesures financières et à l’innovation. De l’autre, les outils climatiques ‘plus vieux’, comme l’ETS, peuvent gâcher la rentabilité de certains secteurs. »

Du changement dans l’air

Sur une perspective à plus long terme, Karmenu Vella a souligné que l’humeur des investisseurs changeait, et que les gestionnaires de fonds s’intéressaient à présent aux défis environnementaux comme une opportunité économique. « Il fut un temps ou l’investissement et l’écologie ne pouvaient collaborer. Aujourd’hui, je pense que l’on peut dire qu’ils ont besoin l’un de l’autre », a-t-il assuré.

Frido Kraanen est tout à fait d’accord. Au début de la finance verte, « il existait un compromis entre retours financiers et bénéfices écologiques », indique-t-il. « Ce n’est cependant plus le cas. »

Pour Annie Bersagel, le monde politique est également prêt à embrasser la transformation verte. « Pour nous [les investisseurs], ils sont un peu en retard », a-t-elle indiqué, reprochant aux politiques leur frilosité. « Appliquer l’accord de Paris et mieux tarifier le CO2 sont deux facteurs qui contribueront à une transition plus efficace vers une économie verte. »

https://www.euractiv.fr/section/developpement-durable/news/wednesday-special-report-investors-fear-next-financial-crisis-will-be-climate-related/

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